1. Côté cour / Côté jardin.

Afin d'éviter la confusion entre droite et gauche de la scène, de même, que, sur un bateau, on a « babord » et « tribord », les mots cour et jardin sont venus remplacer côté du roi et côté de la reine.

Des moyens mnémotechniques sont mis à la disposition du spectateur ; il dit Jesus-Christ de la gauche vers la droite : le côté jardin est à sa gauche, le côté cour à sa droite. L'acteur, lui, dispose de cette astuce : le côté cour est du côté du cœur, celui de la reine. Paul CLAUDEL dans son Journal (1944) ne disait-il pas : « Au théâtre comme dans la vie, il y a le côté cœur et le côté jardin » ?

Jusqu'à la Révolution française, on disait côté du roi, correspondant à la loge du roi, pour le côté jardin et côté de la reine correspondant à la loge de la reine pour le côté cour. Les machinistes disaient : « Poussez au    roi ! » ou « Portez à la reine ! » pour indiquer le sens de déplacement d'un décor.

L'origine de ces appellations est la suivante : en 1770, la Comédie-Française s'installe aux Tuilleries, en attente d'un nouveau bâtiment, dans la salle dite des "Machines" ; cette salle donnait d'un côté sur l'intérieur des bâtiments (la cour), de l'autre sur le parc (le jardin). Ces mots sont préférés à "roi" et "reine" après la Terreur.

Le côté jardin est valorisé par rapport au côté cour ; c'est le "bon" côté, le côté positif, celui de l'entrée du héros. Le danger, les menaces, le traître viennent du côté cour.

Le machiniste qui est à la cour est un courier ; celui qui est préposé au côté jardin s'appelle un jardinier. Il n'est pas question que l'un empiète sur le territoire de l'autre. Roger BLIN (1917-1984) raconte dans ses Souvenirs : « J'ai entendu l'histoire assez caricaturale mais vraie d'un metteur en scène qui avait dans son décor un arbre important, assez gros, qui se trouvait au milieu de la scène. Il n'a pu obtenir de mettre l'arbre au milieu que s'il était coupé en deux pour que le machiniste de la cour et celui du jardin se rencontrent au centre. » La routine syndicale veut, en effet, que les machinistes préposés à la cour ou au jardin refusent de traverser la scène. Ce clivage revendiqué semble lié à des croyances qui trouvent une transposition immédiate dans l'espace : au Moyen Âge, l'enfer est situé à gauche de l'acteur ; c'est de la cour que surgissent les diables et les personnages malfaisants. Signalons que, au début du XIXè siècle, les conscrits venus des campagnes retirées étaient incultes et illetrés au point de ne pas savoir distinguer la droite de la gauche. C'est ainsi que, pour les défilés, pendant leur instruction militaire, il s'entendaient dire, à la place de "gauche-droite, gauche-droite" : "foin-paille, foin-paille"...

Côte cour / côté jardin (vue de la salle)Côté cour / Côté jardin (vue de la scène)

__________

SommaireLe(s) Rideau(x)