4. La(les) salle(s)

La salle renvoie aussi bien à un contenant — elle est alors synonime de théâtre — qu'à un contenu : le public. La pluplart des théâtres subventionnés ont deux salles : une grande salle d'environ 800 places et une petite salle de 250 à 400 places pour les spectacles plus légers (employé dans le sens du coût du spectacle). La mode fut dans les années 1970 aux salles polyvalentes, capables de proposer aussi bien de la danse que de la musique, du théâtre ou des variétés et du cinéma ; déjà parlant de la nouvelle salle du Palais de Chaillot, Louis JOUVET disait qu'il ne pouvait s'agir que d'un "fait-tout"...

          4.1. Les Cathédrales de bétons

Nom donné aux sévère stuctures en béton liées à la décentralisation dramatique dans les années 1970. Elles se veulent fonctionnelles, égalitaires et lieu d'un "culte" : le théâtre populaire. Si l'appellation ne manque pas d'ironie, il est vrai cependant qu'il existe aussi des cathédrales, lieux de cultes, bâties en béton armé. Auguste PERRET (1875-1954), par ailleurs architecte du superbe théâtre des Champs-Élysées (1913), utilisa le premier le béton pour l'église de Raincy (1922). Les cathédrales de béton, construites après la Seconde Guerre mondiale, s'opposent aux bonbonnières, avec leurs dorures, leurs lustres, leurs fauteuils de velours rouge, leurs statues et leurs peintures, leurs colonnes de marbre, leurs loges raffinées. Les unes et les autres correspondent à une idéologie et le public fut longtemps divisé entre défenseurs de la cathédrale de béton et amateurs de bonbonnnières. Il semble que ce clivage tende à se réduire.

Salle du Théâtre de Longjumeau (France)Facade du PBA de Charleroi (Belgique)

          4.2. Les Bonbonnières

Nom donné, par dérision, depuis les années 1970, aux théâtres froufroutants, tels des crèmes Chantilly, d'esthétique louis-philipparde, avec des stucs, des dorrures, des peintures enturbannées de guirlandes de fleurs.

Dès le début du XIXè siècle, on appelle "bonbonnières" les petits théâtres où sont proposés des spectacles peu ambitieux, mais divertissants.

Aujourd'hui, les "bonbonnières" s'opposent aux cathédrales de béton. Délaissées dans les années 1970 pour être suspectées de témoigner un goût "bourgeois", elles sont maintenant appréciées pour leurs proportions harmonieuses et pour l'agrément qu'elles savent offrir face à la noirceur, à la grisaille, à la froideur de grands espaces bâtis pour la culture, souvent loin du centre des villes et sans âme.

Grande salle de l'Opéra de Lille (France)Salle de l'Opéra Garnier (Paris)Détail du lustre de la Salle de l'Opéra Garnier (Paris)

          4.3. Les théâtes à l'italienne

C'est un théâtre construit en France selon les principes italiens, accommodés à la française : la salle en forme de fer à cheval ; les balcons, parfois divisés en loges, en retrait les uns par rapport aux autres ; le plafond en coupole orné d'un énorme lustre ; le plancher de scène en pente vers le public (ce qui interdit les spectacles de danse) ; des dessous, des cintres, des coulisses.

C'est le cardinal de Richelieu (1585-1642) qui introduisit les critères italiens en France par les travaux de son architecte favori Jacques LEMERCIER (1585-1654), concepteur de la salle du Palais-Royal. Il convient de souligner deux choses : les Italiens sont les premiers à avoir construit des salles de spectacles et des scènes selon des normes très précises. C'est un homme d'Église qui contribua à l'épanouissement du théâtre en France, alors que l'Église n'avaut eu de cesse de bafouer les comédiens, allant jusqu'à les excommunier.

La caractéristique d'un salle à l'italienne réside dans le fait qu'elle établit une hiérarchie entre les spectateurs ; si la salle est tournée vers le spectacle, elle s'arrange, aussi, pour jouir d'elle-même en s'observant.

Malgré les nouveaux édifices construits après la Seconde Guerre mondiale, offrant une bonne visibilité — sans places aveugles —, des dégagements et des installations au goût et à la technologie du jour, l'attrait pour les théâtres à l'italienne deneure vif. Les cathédrales de béton et les paquebots ont supplanté les bonbonnières.

Citons quelques bonbonnières en France : la Comédie-Française, l'Odéon, le Théâtres des Bouffes du Nord, le Théâtre des Champs-Élysées à Paris. Les "opéras" (théâtres à l'italiennes où la programmation, au XVIIIè siècle, était principalement de l'opéra) : Nancy, Arras, Évreux, Clermont-Ferrand. En Italie, les opéras de Sabbionetta, Parme, Vicence, Naples sont parmi les plus célèbres.

Un théâtre équipé à l'italienne propose les cintres, les dessous, les fils, les tambours, les poulies, les cheminées, les costières, les trappes nécessaires à la manipulation des décors, du point de vue du théâtre comme lieu d'illusion, né en Italie au XVIIè siècle.

Notons qu'un théâtre à l'italienne peut ne pas avoir gardé son équipement (qui concerne la scène équipée à l'italienne).

Visite virtuelle de l'Opéra de Parme (Italie)Opéra de Naples (Italie)

          4.4. Le plan de la salle

Vous trouvrez ci-dessous, deux vues explicatives de deux salles parisiennes vous montrant l'agencement et l'architecture d'une salle de théâtre.

 Salle Richelieu de la Comédie-Française (Paris)Salle du Théâtre de l'Odéon (Paris) 

L'Orchestre : Partie de la salle, devant la scène, où se trouvent placés les musiciens et que l'on nomme plutôt fosse d'orchestre pour la différencier de la partie occupée par les spectateurs entre les musiciens et le fond de la salle. Cette partie, appelée aussi, plus rarement, parquet, correspond au parterre. Jusqu'en 1895, les femmes en étaient exclues ; elles devaient prendre place dans les loges où la hauteur et le déploiement excessif de leurs coiffures — parfois "en loges d'opéra"... — ne gênaient alors, que leurs voisins. Ce n'est que vers le milieu du XIXè siècle que des stalles (sorte de fauteuils placés à l'orchestre), puis des fauteuils furent installés sur l'emplacement du parterre debout.

L'orchestre — du mot grec orcheisthai, "danser" — était, dans la Grèce ancienne, une piste de danse ; en effet, la pus grande partie du spectacle avait lieu sur l'orchestra, où chantait et dansait le chœur. Au centre se trouvait un petit autel réservé à Dionysos : le thymélée. Ainsi, la divinité était-elle à la meilleure place pour jouir du spectacle. De chaque côté de l'orchestre se trouvait un parados, sorte de rampe d'accès par où arrivaient les acteurs et le chœur. L'orchestre était richement décoré et pavé en marbre. C'est là que, chez le Romains, étaient placés les grands personnages de l'État, les sénateurs, les vestales. Au XIXè siècle, l'orchestre était recherché par les jeunes "lions", par les "gommeux" qui avaient des accointances dans les coulisses. Aujourd'hui, un fauteil d'orchestre est considéré comme l'une des meilleures places d'un théâtre.

Le Parquet : Au XIXè siècle, on donnait le nom de parquet à la partie d'un théâtre située entre la fosse d'orchestre et le parterre, celle que nous appelons l'orchestre.

Le Parterre : C'est l'espace compris entre la scène et les baignoires du fond ; depuis la fin du XIXè siècle, on l'appelle l'orchestre comme le faisaient les Grecs, puisque c'était la place des musiciens alors que, chez les Romains, c'était là que se tenaient les sénateurs et les vestales. Aujourd'hui, quand le mot est employé, il désigne les quelques rangs situés derrière la fosse d'orchestre. Certes, le parterre est un lieu, mais le mot désigne aussi le public qui l'a occupé. Un public qui réagit au quart de seconde, comme un seul homme, toujours prêt au chahut et qu'il vaut mieux ménager. Ce public est d'autant plus turbulent que, de 1546 à 1782, il est débout. L'expression est fixée ; on dit le parterre debout. Pourquoi ? C'est que, dans les anciens jeux de paume, le public entrait par une porte unique placée au fond de la salle et remplissait, au fur et à mesure, l'espace sans fauteuils. Il faut attendre RICHELIEU et l'aménagement du Palais-Cardinal, futur Palais-Royal, pour que soient ouvertes les deux entrées latérales de la scène, puis l'année 1782 pour voir s'installer un "parterre assis". Dès 1685, cannes et épées y sont interdites pour empêcher les fauteurs de trouble d'en venir à quelques excès, car ce n'est qu'en 1817 qu'une préfiguration du vestiaire, sous le nom de dépôt de cannes est instaurée.

Le parterre a donnée son nom à un type de spectateur : le plaisant du parterre, remarquable pour ses bons mots et son esprit d'à-propos. Un exemple suffira à donner le ton et aussi à mesurer l'écart entre le public d'aujourd'hui et celui d'autrefois. Adrienne LECOUVREUR (1692-1730) avait un partenaire talentueux, mais fort laid. Il s'appelait Pierre TRONCHON de BEAUBOURG. Quand elle a cette réplique : « Seigneur, vous changez de visage ! », le plaisant du parterre de répondre : « Laissez-le faire ! ».

Auteurs et comédiens s'efforcent de la flatter ; c'est ainsi que Voltaire n'hésite pas à inventer le mot attrape-parterre.

N'oublions pas qu'au XIXè siècle, le parterre est le lieu de la claque* et qu'il s'agit de compter avec elle.

* la claque : institution formée de spectateurs appelés claqueurs, chevaliers du lustre ou romains. Sous la direction d'un chef de claque, la claque s'engage à soutenir une pièce et à chauffer la salle. Ses applaudissements gagés crépites « avec la régularité d'un feu de peloton » pour reprendre la formulation d'Émile ZOLA. Réglée militairement, elle apparaît au XVIIè siècle — si l'on s'en tient à la France — et se développe à cause des cabales entre actrices.
Sans compter son fonctionnement mercantile, elle gêne les acteurs en les interrompant alors qu'ils sont bien lancés dans une scène ; plusieurs fois, l'État a imaginé la supprimer ; mais un jour que l'Empereur venait au théâtre n'y fut pas applaudi, il décida de maintenir la claque. Ce n'est en 1902, que la claque fut officiellement, supprimée à la Comédie-Française.

L'Amphithéâtre : C'est une invention spécifiquement romaine ; on connait les Romains comme de grands constructeurs. Pouvant contenir de vingt à quatre-vingt mille spectateurs, l'amphithéâtre est une énorme construction en forme d'ellipse, qui était destinée aux combats de gladiateurs. En bois au départ, il est plus tard construit en pierre, le premier étant le Colisée ("le colosse") de Rome. En France, celui de Nîmes est le plus connu. Ce n'est pas tout à fait un hasard si, aujourd'hui, on y assiste à des corridas. Ceux qui combattaient à Rome dans l'arena, "l'arène", étaient des condamnés à mort.

L'amphithéâtre se présente en gradins, une invitation à la hiérarchie. La première série de gradins était réservée aux sénateurs et aux personnages importants ; c'était le podium. Et, tout en haut, avaient le droit de se placer les femmes.

Aujourd'hui, l'amphithéâtre, dans une salle de théâtre est situé au fond, face à la scène, dominant l'orchestre. Il se présente en gradins, comme l'amphithéâtre antique qui, pour cette raison, lui a donné son nom. Mais, ce que nous avons oublié, c'est la raison d'être de ces gradins qui s'élèvent brusquement : le parterre, occupant cet espace entre la scène et l'amphithéâtre, était debout, et cela jusqu'au-delà du premier essai, tenté en 1782, pour "asseoir" le parterre. Grâce aux gradins de l'amphithéâtre, les spectateurs qui les occupaient pouvaient voir le spectacle par-dessus la tête des turbulents occupants du parterre.

Les Baignoires : Loge située au niveau et au fond du parterre. Du fait qu'elles l'entourent, les baignoires sont aussi appelées loges de pourtour. Leur nom fait allusion à la chaleur qui y règne, puisqu'elles sont placées sous le premier balcon. Véritable sauna, l'emplacement des baignoires n'est recherché que par ceux qui souhaitent s'y cacher. Il arrivait autrefois, qu'elles soient grillées, comme certaines loges.

Le Balcon : Nom donné aux galeries qui font le tour d'une salle de théâtre. On y regarde le spectacle comme d'un balcon... la salle aussi, d'ailleurs. Il peut y avoir jusqu'à six niveaux de balcons. Les places du premier balcon de face sont, avec les fauteuils d'orchestre des premiers rangs (sauf, peut-être, les tout premiers à cause de la surélévation de la scène), les meilleures. Il arrive que les balcons soient divisés en loges.

La Corbeille : Partie avancée et semi-circulaire du balcon ; elle compte deux rangées de fauteuils. Les places de la corbeille de face sont parmi les meilleures d'un théâtre. Et les feùùes ont tout loisir de s'y faire admirer comme des fleurs dans une corbeille...

La Galerie : Avec l'orchestre, l'amphithéâtre, le balcon, le paradis ou poulailler, la galerie est un élément d'agencement de la salle d'un théâtre à l'italienne. Comme le balcon, la galerie est en forme de fer à cheval. Elle est souvent divisée en loges. Dans les théâtres réservés à l'art lyrique, on peut compter jusqu'à sept rangées de galeries superposées.

Le système de division de l'espace en galeries existait déjà dans le théâtre grec. Les femmes occupaient une galerie haute appelée cercis, peu commode pour voir le spectacle, mais, où elles demeuraient cachées du regard des hommes. Elles étaient menacées de la peine de mort si elles s'aventuraient à se montrer aux jeux Olympiques.

En revanche, il semble qu'à Romme, pour les spectacles de gladiateurs, elles étaient mêlées au public masculin.

Ce n'est qu'à partir du XIXè siècle qu'il est de bon ton pour les femmes de s'exhiber en grande toilette dans les loges des balcons ou des galeries.

Le mot "galerie" est passé dans le langage courant et, en référence au théâtre, dans les expressions : amuser ou étonner la galerie.

Le Poulailler : Nom familier donné au dernier balcon, la plus mauvaise place d'un théâtre à l'italienne. Le poulailler tient vraissemblablement cette appelation imagée du fait qu'à la fin du XVIIIè siècle encore, le parterre debout, composé d'un public populaire qui recevait sur lui les coulures des bougies du lustre, fut relégué à ces places dans les hauteurs du théâtre également appelées paradis. Ce public de "basse extraction", pour employer le vocabulaire d'époque, était appelé valetaille, basse-cour, volaille. C'est l'architecte Nicolas LEDOUX qui, le premier, en 1785, à Besançon, s'occupa de faire transiter les spectateurs du parterre vers le poulailler.

Grâce à des tarifs très peu élevés, les titis parisiens pouvaient fréquenter un théâtre dont le poulailler était très célèbre : le théâtre des Funanbules. Ils s'entassaient là-haut par cinquant degrés et plus et trouvaient encore le moyen de prendre ardemment parti et d'être les plus attentifs. C'est de cette situation, merveilleusement surplombante, que ce public, toujours aussi chahuteur, envoyait sur la scène des pommes cuites pour manifester, le cas échéant, son mécontentement. Il mangeait aussi, tout là-haut et, prenant ses aises, n'hésitait pas à balancer trognons de pommes, coquilles de noix, peaux de cervelas ou de saucisson... à l'ail dans le pire des cas.

Le poulailler est toujours fréquenté ; il y fait souvent très chaud et comme il est en gradins, les spectateurs placés aux troisième ou quatrième rangs de côté passent le temps du spectacle debout... rejoignant ainsi, bien involontairement, leurs lointains ancêtres du parterre.

Le Paradis : C'est la plus haute et la plus reculée des galeries d'un théâtre. Celle-ci se présente comme un amphithéâtre en gradins. C'est du paradis qu'au XIXè siècle, tombaient sur les beaux messieurs de l'orchestre (les femmes n'y avaient pas droit, elles étaient au premier rang des loges), trognons de pommes, écorces d'oranges, noyaux de prunes, coquilles de noix, morceaux de cervelas ou de saucisson à l'ail.

L'appellation vient-elle comme en écho des mystères ? Le théâtre était alors divisé en trois étages correspondant à l'enfer, à la terre, au paradis, de bas en haut. Ou bien est-elle un allusion au proverbe biblique : « Les premiers seront les derniers », les plus pauvres qui prennent place au paradis, retrouvant la première place dans l'estime des acteurs ? À partir de 1830, dans les théâtres du boulevard du crime (appellation donnée, vers 1825, au boulevard du Temple, à Paris, dont les théâtres donnaient alors des drames sanglants), on parle aussi de poulailler ou de poulaille, parce que c'est le fief de la basse-cour, de la "volaille". En 1945, Marcel CARNÉ donne à l'un de ses films le titre : Les Enfants du paradis. Placé à la hauteur du lustre, le paradis donne son verdict ; malheur à la pièce pour qui, selon une expression de coulisses, « les petites places ne donnent pas ! »

Plan de la Salle Richelieu (Comédie-Française - Paris)Plan de la Salle du Théâtre de l'Odéon (Paris)

Les Loges : Petit cabinet de trois à huit places, séparée du voisin par une mince cloison, parfois en col de cygne en France et rectiligne en Italie, ce qui valut aux loges le surnom de cages à poulets. elles forment une rangée qui court tout autour de la salle, sur plusieurs étages. Elles sont une caractéristique des salles à l'italienne. Le premier théâtre, en Italie, à être pourvu de loges fut le Teatro San Giovanni e Paolo, construit à Venise en 1639 ; il n'en reste plus rioen aujourd'hui. La loge entre dans le jeu de la hiérarchie sociale, tout en donnant une impression d'intimité.

Les loges aménagées avec une sophistication toute particulière au XIXè siècle et au début du XXè, ne sont pas, pour autant, de création récente. Dès le XVè siècle, le souverain qui assiste aux mystères éprouve le besoin de se distinguer de ses sujets. C'est ainsi que, pour la représentation du Mystère de Saint Vincent, le roi René d'Anjou dispose d'une loge et d'une "chambre de retrait", dont le nom indique assez la destination. En 1509, pour un mystère donné à Romans, les notabilités religieuses et princières sont réparties dans quatre-vingt-quatre loges couronnant le haut des gradins. Les spectacles de rue, sous forme de défilés, étaient regardés depuis les fenêtres des maisons ; ce qui ressemblaient à des loges. La présence de tribunes dans les églises baroques, notamment dans l'église du Gesir, à Rome (1584), n'est pas sans influence sur l'invention des loges de théâtre. À partir du concile de Trente (seconde moitié du XVIè siècle), les églises baroques autour du lac de Constance, en Allemagne, proposaient des balcons munis de grillages derrière lesquels le souverain pouvait assister discrètement aux offices. Parfois ornés de draperies en trompe-l'œil, ils relèvent du théâtre.

Mais ce n'est pas forcément le statut social qui détermine le choix de la place du spectateur dans une salle à l'italienne. Cest aussi le jeu du montré et du caché, du "vu" et du "pas vu". Dans son Dictionnaire théâtral, Félix HAREL, le fameux directeur du théâtre de la Porte-Saint-Martin, l'amant de Mademoiselle George, propose cette notice à l'entrée « Loge » : « Une femme de bonne compagnie ne va au spectacle qu'en loge ; il y en a de plusieurs espèces ; les loges grillées, pour les personnes qui veulent voir le spectacle ; les loges découvertes, pour celles qui veulent être vues ; les loges du cintre, pour celles qui ne veulent ni l'un ni l'autre ». Il aurait pu ajouter la petite loge (voir plus bas)

Puisque, dans une loge, on ne gêne personne d'autre que les familiers, une femme élégante peut se permettre de porter des chapeaux d'une hauteur vertigineuse, surchargées de plumes et d'objets de toutes sortes. Au XVIIIè siècle, un chapeau fantaisiste est créé, avec un bonnet Pompadour et panaches Marie-Antoinette : c'est la coiffure en loges d'opéra. Au XIXè siècle, et pour reprendre une expression de STENDHAL, les femmes étaient « en grande parure » avec des chapeaux garnis d'immenses plumes, pour être vues du parterre. Les années folles se contenteront d'aigrettes.

Les salles contemporaines abandonnent les loges : point de places aveugles, point de cabinets retirés. Ce qui compte : le maximum de visibilité offert au spectacle.

Les loges de théâtre : différentes sortes de loges sont issues ou font partie des salles à l'italiennes.
La petite loge est une loge de rez-de-chaussée où l'on n'est pas vu, qui fait partie des loges de pourtour, ainsi appelées parce qu'elles font le tour de la salle.
Par opposition, les loges découvertes ou loges ouvertes sont les plus courantes. Elles se divisent en loges de face et loge de côté, les unes étant mieux situées que les autres.
Les loges du cintre sont situées tout en haut du théâtre, tout près du cintre ; elles bénéficient de la discrétion absolue : on ne peut y être vu mais on ne peut pas, non plus, voir le spectacle. Elles correspondent à cette devinette : « Il y a des loges où les femmes se mettent pour voir sans être vues. D'autres pour être vues sans voir, même où on ne voit pas et où vous ne voyez rien. Que peut-on bien y faire ? »

Théâtre de l'Odéon (Paris) - Vue sur les balcons et les loges à cloison en col de cygne.Kodak Hollywood Theater (Hollywood - USA) - Vue de la salle et des loges (en arrière-plan)

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Les éléments de la scèneLes phobies